S’expatrier et vivre à Pékin, en Chine

Antonin, jeune diplômé des mines de Douai, est parti étudier deux années en Chine, à l’université Tsinghua de Pékin. Parti en septembre 2011, il est revenu en août 2013, et fait le point sur ces deux années.

Pourquoi es-tu parti vivre en Chine ?

Mon école avait des partenariats avec plusieurs universités. J’avais la possibilité de partir à Pékin ou à Madrid. J’ai choisi la Chine, car cela me paraissait plus « exotique » et dépaysant, parce que j’avais déjà passé 3 mois à Madrid, et parce que l’université de Tsinghua est très réputée en Chine.

Comment t’es-tu adapté à la vie à Pékin ?

Je suis parti dans cette université avec un ami des Mines de Douai. La première année, j’étais en colocation avec cet ami et un Suédois. La deuxième année, j’étais en colocation avec 6 Chinois, et j’avais rencontré ma compagne, qui est chinoise. A l’université, j’étais dans un groupe d’étudiants qui parlaient anglais et chinois. Notamment des ABC, c’est-à-dire american born chinese, des Chinois d’origine qui ont grandi aux Etats-Unis ou au Canada.

Antonin au port de Pékin

Antonin au port de Pékin

J’ai étudié le mandarin dès mon arrivée, avec l’université et en cours du soir, deux à trois heures par jour. C’est indispensable car peu de personnes parlent anglais dans la vie quotidienne. C’est très difficile au début de se faire comprendre. L’écriture pose un gros problème. Par exemple, les stations de bus sont écrites seulement en caractères chinois. Il m’a fallu 3 ou 4 mois pour commencer à reconnaître le nom des plats au restaurant. Pour les repas, je mangeais à la cantine ou au restaurant en bas de chez moi. Et pour la vie quotidienne, je me faisais aider par des amis parlant chinois. Au début, on ne peut rien faire tout seul, ou très difficilement, et c’est assez frustrant.

Globalement, l’adaptation s’est bien passée, mais il faut être patient et suivre l’exemple des Chinois. Par exemple, j’ai acheté un vélo dès mon arrivée car tout le monde se déplaçait en vélo dans l’université, qui est immense.

Quelles différences culturelles et habitudes t’ont le plus surpris en Chine ?

On peut vivre comme les locaux, on ne se sent pas « blanc » comme en Afrique par exemple. Mais je m’attendais à ce que plus de personnes parlent anglais.
Mais pour beaucoup de Chinois, surtout les Chinois des campagnes, l’occidental reste une attraction. Sur les lieux touristiques, il arrive souvent que les occidentaux soient pris en photo par les Chinois. Cela m’est arrivé par exemple à la Montagne Jaune. Certains demandent s’ils peuvent se prendre en photo avec toi, d’autres font semblant de photographier un ami pour te prendre discrètement !

Quand on va au restaurant avec des Chinois, il y a plusieurs règles de politesse auxquelles on n’est pas habitué en tant qu’occidentaux. Par exemple, on commande les plats pour toute la table, puisque tout le monde partage. La politesse est d’essayer de laisser les autres commander. Au final, chaque personne commande quelque chose. Il y a au moins autant de plats que de convives, et tout le monde partage, avec un bol de riz par personne.  Presque tout le monde fume à table, puisqu’il est autorisé de fumer partout. Si on fume, il faut proposer une cigarette à tout le monde, et insister pour que même ceux qui ne fument pas en prennent une.

repas Chine

Un repas en Chine – les entrées

Par politesse, il faut se battre pour payer l’addition. C’est toujours une seule personne qui paye tout. Soit on fait semblant d’aller aux toilettes et on paye au passage, soit, dès la fin du repas, il faut préparer ses billets sous la table discrètement, et courir vers la caisse dès réception de l’addition, avec les autres qui courent derrière et essaient de payer quand même. En tant qu’étranger, les Chinois te disent « tu es dans ma ville, tu es étranger, c’est moi qui dois tout payer ». Idem pour le taxi, le karaoké etc. Parfois c’est assez gênant. Au karaoké, je n’ai jamais pu payer.
Ce n’est pas vraiment innocent, car du coup, celui qui n’a pas payé devient débiteur de l’autre,  et on est sûrs de se revoir puisqu’on doit renvoyer l’invitation. En tous cas, être radin avec ses relations est très mal vu, or tout marche par relation.

Il y a aussi l’habitude des petits cadeaux : il faut toujours apporter des petits cadeaux, quand tu pars ou que tu reviens de voyage, quand quelqu’un t’invite au restaurant, quand quelqu’un te rend un service. Ma compagne et moi, nous achetions de gros pamplemousses pour les colocataires, et des boissons pour ses collègues de travail. C’est pour garder de bonnes relations. C’est plutôt sympa, même si ça peut être un peu pesant par moment, surtout quand il faut rapporter plein de petits cadeaux de voyages et que l’on n’a pas beaucoup de place dans ses valises !

Qu’est-ce que tu conseilles de visiter en Chine, et à Pékin en particulier ?

En Chine, j’ai beaucoup aimé la rivière Li, Chongqing, Tsintao, Hong Kong… Je n’en ai pas eu le temps, mais j’aimerais aller en Mongolie et au Tibet.

Tsintao - station balnéaire

Tsintao – station balnéaire

Depuis la Chine, on peut aller facilement en Corée du Sud et à Taïwan, deux pays qui valent vraiment le détour. Depuis Pékin, Séoul est à une heure d’avion.

Pékin est une ville très étendue et pas très belle, sauf le quartier Central. Un quartier super pour se balader, c’est le quartier d’art, le 798, une immense usine reconvertie en ateliers, galeries d’art. Le quartier Central au-dessus de la Cité Interdite est à visiter, notamment la rue Nan Luo Gu Xiang du quartier des Hutong, ce sont des vieilles maisons traditionnelles sans étage, avec des cours carrées au centre de la maison, pas de voitures dans les rues, des restaurants et des bars sympas…

Quels sont tes conseils à un français qui voudrait s’installer ou voyager en Chine ?

Pour la langue, il faut absolument essayer d’avoir des relations qui parlent anglais ou français et chinois pour t’aider au début. Il ne faut pas s’énerver si les personnes ne comprennent pas ce que tu essaies de leur dire en chinois, même après des dizaines d’essais (à cause des tons). Il faut prendre patience et s’entraîner.

En Chine, il faut faire comme les Chinois, utiliser ce qu’utilisent les Chinois. Par exemple, il ne faut pas passer par Google, mais par Baidu (prononcer baïdou) le moteur de recherche chinois. Si on voit que les gens utilisent un vélo, il faut faire la même chose.

Vélos dans l'université Tsinghua

Gardiens à vélos dans l’université Tsinghua

Pour voyager à Pékin, il faut bien se préparer. Dans le bus, il n’y pas de plan, pas de carte, les noms n’ont rien à voir avec l’attraction touristique. Tout est écrit en caractères. Soit le chauffeur hurle l’arrêt donc on ne comprend rien, soit il y a un panneau lumineux, soit rien du tout. Du coup, il faut demander à l’auxiliaire qui contrôle les tickets et sert de clignotant, de t’aider. Mais elle n’a aucune chance de parler anglais, donc si tu ne parles pas chinois, tu es coincé. Le métro c’est plus simple, puisqu’il y a une carte, et c’est bilingue partout (écriture et voix), les directions sont bien indiquées. On peut aussi prendre le taxi, mais il faut savoir se faire comprendre.

Je conseille d‘aller voir sur le site Middle Kingdom, il y a plein de conseils écrits par un psychologue américain. Le site a été écrit au départ pour des profs américains en Chine mais il est bien utile pour tout le monde.

Il ne faut pas hésiter à faire appel à des sites internet type Groupon, on peut avoir de très bonnes réductions. Mais il faut savoir parler chinois pour s’en servir.

Comme partout, il faut faire attention à ne pas se faire arnaquer sur les lieux touristiques.